Un débat inédit prend forme au sein des institutions européennes autour du Front Polisario et de la gestion de l’aide humanitaire destinée aux habitants des camps de Tindouf.
Portée par onze députés européens issus de quatre groupes politiques de plusieurs États membres, une initiative parlementaire appelle la Commission européenne à conditionner toute augmentation de l’aide financière à un recensement indépendant des bénéficiaires par le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR).
Les eurodéputés demandent également à Bruxelles d’examiner si le Polisario remplit les critères juridiques permettant son inscription sur la liste européenne des organisations terroristes.
Adressée à la Haute représentante de l’Union européenne pour les affaires étrangères, Kaja Kallas, cette interpellation s’appuie notamment sur l’attaque ayant visé des cibles civiles dans la ville sud-marocaine d’Es-Smara en mai 2026, une attaque qui a été largement condamnée notamment par l’Union européenne, la France et les États-Unis.
Les parlementaires européen estiment que cet événement, ajouté à d’autres attaques attribuées au Polisario, justifie une évaluation approfondie de son statut au regard de la législation européenne relative à la lutte contre le terrorisme.
Ils ne réclament pas une inscription immédiate de ce mouvement sur la liste européenne des organisations terroristes, mais l’ouverture préalable d’une procédure d’examen fondée sur les critères en vigueur au sein de l’UE.
L’autre volet de leur démarche concerne la transparence de l’aide humanitaire accordée aux camps de Tindouf. Les députés rappellent que l’Union européenne consacre environ neuf millions d’euros par an à cette assistance et s’interrogent sur la traçabilité des fonds en l’absence d’un recensement indépendant des populations concernées.
Selon eux, toute hausse de cette aide devrait être subordonnée à l’identification et le recensement des bénéficiaires par le HCR, afin de garantir une gestion rigoureuse des financements européens et de prévenir tout risque de détournement. Le second article souligne la portée politique de cette initiative, présentée comme un tournant au sein des instances dirigeantes de l’Union européenne.
En effet, c’est la première fois que les questions de sécurité liées au Polisario et celles de la transparence de l’aide humanitaire sont abordées conjointement par des élus issus de sensibilités politiques toutes tendances confondues. Cette convergence traduit une évolution du débat à Bruxelles, où les interrogations ne portent plus uniquement sur le différend territorial autour du Sahara marocain, mais également sur la crédibilité de l’Union en tant que premier pourvoyeur d’aide humanitaire et financière aux populations séquestrées dans les camps de Tindouf au sud-ouest de l’Algérie.
Les eurodéputés invitent ainsi la Commission européenne à clarifier sa position sur deux dossiers sensibles : les mécanismes de contrôle de l’aide humanitaire et l’éventuelle évaluation juridique du Polisario au regard du dispositif européen de lutte contre le terrorisme. Les réponses attendues de Bruxelles pourraient influencer l’évolution de la politique européenne vis-à-vis des camps de Tindouf et redéfinir les conditions d’octroi de l’aide humanitaire à leurs habitants.
