La Procureure adjointe de la Cour pénale internationale (CPI), Nazhat Shameem Khan, a dressé, lundi 19 janvier, devant le Conseil de sécurité, un bilan alarmant de la situation au Darfour, au Soudan, selon les informations relayées par le service d’information de l’ONU.
Cette responsable a pointé du doigt des crimes de guerre et des crimes contre l’humanité commis à El-Fasher, fin octobre, au terme du siège de la ville par les Forces d’appui rapide (FSR).
L’analyse des preuves, effectuée par le Bureau du Procureur, aurait montré que les FSR reproduisent à El-Fasher les mêmes atrocités dans d’autres régions du Darfour, notamment à Geneina en 2023.
« Nous avons également connaissance d’informations faisant état de crimes relevant du Statut de Rome qui auraient été commis par les Forces armées soudanaises au Darfour », a fait savoir Khan.
La prise d’El-Fasher s’est accompagnée d’une campagne de terreur ciblant spécifiquement les populations non arabes, a-t-elle poursuivi, précisant que les exécutions, viols, détentions arbitraires ont été perpétrés à grande échelle et parfois filmés par leurs auteurs.
La Procureure adjointe a alerté sur le fait que cette criminalité, qui se répète de ville en ville au Darfour « se poursuivra tant que ce conflit et le sentiment d’impunité qui l’alimente ne seront pas stoppés ».
Pour sa part, le représentant du Soudan a exhorté la CPI à émettre sans délai des mandats d’arrêt contre les dirigeants responsables impliqués, soulignant aussi que la lenteur de la justice internationale après les massacres de 2023 a favorisé la « répétition » des atrocités.
Ce délégué a enfin fustigé le soutien logistique, financier et médiatique d’un Etat tiers aux FSR, citant notamment le rôle de désinformation joué par la chaîne « Sky News Arabia », « basée dans l’État qui soutient les milices », et demandant que les enquêtes de la Cour s’étendent à tous les complices extérieurs.
Khan a salué, d’emblée, la condamnation par la CPI, le 9 décembre, à 20 ans d’emprisonnement pour crimes de guerre et crimes contre l’humanité, d’Ali Kushayb, Chef des Janjaouid.
Soulignons que la Procureure adjointe a fait son intervention par visioconférence, faute de visa, la CPI étant sous sanctions américaines ; une situation dénoncée par certains Etats qui ont appelé au retrait desdites sanctions.
