La justice française a franchi un cap inédit en citant explicitement l’Algérie parmi les pays visés par des procédures pour terrorisme d’État, a annoncé le 3 avril, le procureur national antiterroriste, Olivier Christen, opérant une rupture significative dans l’approche de Paris face aux activités de certaines puissances étrangères sur le territoire français.
Huit procédures sont menées actuellement par la justice française contre l’Algérie, l’Iran et la Russie dans des dossiers qui concernent selon les autorités judiciaires françaises, des opérations ciblées contre des opposants politiques présents en France, plutôt que des actions dirigées contre la population. Cette distinction met en lumière des pratiques d’intimidation et de coercition attribuées à des États étrangers, désormais traitées ouvertement par la justice française.
L’affaire emblématique évoquée est celle de l’enlèvement du franco-algérien Amir Boukhors, alias « Amir DZ », en avril 2024 en Seine-et-Marne. Cet opposant et critique du régime algérien, aurait été victime d’un guet-apens impliquant enlèvement, drogue et séquestration.
L’enquête a conduit à la mise en examen d’un agent consulaire algérien en 2025, soupçonné d’avoir agi dans le cadre d’une opération structurée sous les ordres des services de renseignements militaires Algériens. Cette affaire est perçue comme révélatrice d’une stratégie étatique visant à neutraliser des opposants à l’étranger, franchissant ainsi une ligne rouge en matière de souveraineté aux yeux des autorités judiciaires françaises.
D’autres affaires alimentent les soupçons, notamment la détention prolongée de l’écrivain franco-algérien Boualem Sansal et celle du journaliste français, Christophe Gleizes dans les geôles algériennes. Ces cas sont interprétés à Paris, comme des instruments de pression politique et de répression, s’inscrivant dans une logique plus large de contrôle et d’intimidation.
Face à ces accusations, les autorités algériennes ont fermement rejeté les propos du parquet français, les qualifiant d’« inacceptables » et dénonçant « une tentative de faire de l’Algérie un bouc émissaire ». Toutefois, cette réaction est restée défensive, sans réponse détaillée sur les faits évoqués.
Ce développement intervient dans un contexte international tendu, où l’Algérie fait également face à des pressions croissantes, notamment aux États-Unis concernant ses liens présumés avec le Front Polisario qui craint d’être classé sur la liste américaine des «Organisations terroristes» comme le suggèrent plusieurs sénateurs et députés issus des deux partis républicain et démocrate. Les liens de proximité du régime algérien et de la direction du Polisario avec des pays comme l’Iran et la Russie renforcent l’impact des accusations du procureur national antiterroriste. Malgré ses efforts récents pour renforcer ses partenariats économiques, notamment en matière énergétique avec l’Europe, l’Algérie peine à dissiper les soupçons en question.
Cette affaire illustre un tournant dans les relations franco-algériennes et met en lumière les enjeux croissants liés à la sécurité et à la souveraineté sur le territoire européen. L’impression qui se dégage est celle d’un État-voyou qui tente d’utiliser des concessions économiques notamment énergétique (gaz et pétrole) pour rallier à ses côtés certains pays européens dans la vielle bataille diplomatique qu’il livre en vain, depuis un demi-siècle au Maroc autour de son Sahara Occidental.
